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Cher(s) adhérent(s),


L’APAER est en deuil, c’est du moins ce que nous avons ressenti en apprenant la signature de l’accord bilatéral entre la Russie et la France le 18 novembre dernier. Car la démarche individuelle, si décriée par le gouvernement français, a longtemps permis à de nombreux enfants de trouver une famille et de voir leurs yeux briller de bonheur, et aussi à des parents d’ouvrir leur cœur à ces enfants.

Nous voudrions rendre hommage à cette démarche. Oui, enfants adoptés d’origine russe, cette procédure est sécurisée ! Oui, autorités de Russie et de France, cette démarche suit la même procédure que l’AFA ou les OAA ! Nous disons bravo à toutes les familles qui ont eu le courage de se lancer dans cette voie, souvent par obligation suite au refus des OAA qui, en ajoutant des critères discriminatoires, ne reconnaissent pas forcément l’agrément délivré par la République française. Oui, nous affirmons avec Dostoïevski que « Ce n’est pas en enfermant son voisin qu’on se convainc de son propre bon sens ».

Pour le moment, le contenu précis de cet accord bilatéral n'a pas été révélé. Ni l'AFA ni les associations de parents n'ont été associées à son élaboration. Bel exemple de démocratie ! Notre première action sera donc de demander, en tant que citoyens, l’accès au texte de cet accord.

Nous, association APAER, avec notre expérience de près de dix ans dans l'adoption en Russie, nous craignons une forte chute des adoptions françaises dans ce pays dès que l'accord sera ratifié, sans savoir si elle pourra un jour être rattrapée.

Nous avons demandé au SAI, dès l'annonce de la préparation de cet accord en 2009, de laisser le temps à l’AFA et aux OAA de prendre le relais. Nous avions estimé qu’il fallait permettre la démarche individuelle au moins jusqu’à fin 2014, voire 2015. Plusieurs actions, sous forme de communiqués, lettres, rencontres avec les institutions concernées (SAI, Ambassade de Russie, AFA, Conseil supérieur de l'adoption) ont été lancées ces trois dernières années par l’APAER, comme par d’autres associations. Si nous avons reçu le soutien de certaines d’entre elles tant du côté russe que français, et le soutien de plusieurs députés et sénateurs français, nous n’avons pas pu changer le fait que l’adoption individuelle doit prendre fin entre la France et la Russie.

Ce qui est grave à nos yeux est que fin 2009, le SAI nous avait promis de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour accréditer de nouveaux OAA. Résultat, en 2011, le nombre des OAA travaillant en Russie s'est réduit à deux, Médecins du Monde n’ayant toujours pas retrouvé son accréditation en Russie, perdue notamment à cause de rapports de suivi non fournis. Pas de nouvelles accréditations connues en cours.

Au 30 septembre 2011, sur 205 adoptions comptabilisées en Russie, 11 ont été réalisées par l’AFA et 26 par les OAA, le reste par l’adoption individuelle.

L’Italie, exemple souvent cité comme un modèle par le SAI, a plus de 10 OAA actifs en Russie. Le gouvernement, en signant cet accord bilatéral, se retrouve au pied du mur des promesses non tenues jusqu’à maintenant. Nous attendons

qu’il s’engage par des faits. Nous resterons vigilants sur ce point.
Nous analyserons aussi l’impact de cet accord sur l’évolution quantitative et qualitative des adoptions, sur la mise en place de moyens supplémentaires pour l’AFA et les OAA, ainsi que sur les facilités accordées dans l’accompagnement des familles..

Les données publiées parlent de 170 000 enfants adoptables en Russie (sur une population de 700 000 enfants accueillis en orphelinat). Combien rêvent de parents aimants ? L'accord bilatéral a-t-il pensé à « l’intérêt supérieur de l’enfant » avant de supprimer si tôt le complément de la voie individuelle ?

Après cette première réaction chargée d’émotion, nous tiendrons informés nos adhérentes et nos adhérents de la suite que nous souhaitons donner à nos actions.


Le Conseil d’Administration de l'APAER